Par Johan Sellitto - Devenir consultant indépendant

Dans un contexte économique qui valorise de plus en plus la flexibilité des professionnels, parfois jusqu’à l’excès, il n’est pas rare de voir des salariés se lancer dans des projets indépendants dans le but de profiter du meilleur des deux mondes ou plus simplement pour « tâter le terrain » avant de concrétiser leur projet d’entreprise. Quelles sont les implications liées à cette double activité ? Quelles sont les solutions qui se présentent aux salariés qui veulent s’essayer à l’entrepreneuriat ? Découvrez tout ce que vous devez savoir à ce sujet !

Double statut salarié et indépendant : que dit la loi ?

La loi française permet à un salarié de créer son activité indépendante tout en conservant son poste au sein de son entreprise. Une porte d’accès à l’entrepreneuriat qui s’accompagne bien évidemment de quelques restrictions. Certaines clauses présentes dans le contrat du salarié peuvent ainsi limiter son projet, à l’image de l’obligation de loyauté, la clause d’exclusivité ou la clause de non-concurrence. Avant de vous lancer dans ce type de projet, il convient donc de porter une attention toute particulière aux termes de votre contrat, si vous ne voulez pas perdre votre emploi ou faire l’objet de poursuites de votre employeur.

Enfin, sachez que la réglementation du temps de travail, qui fixe une durée maximale au temps de travail cumulé, ne s’applique pas dans le cas du cumul d’un poste de salarié avec une activité indépendante. Plus exactement, dans ce cas de figure, seule l’activité salariale est concernée par cette limite (fixée à 10 heures par jour ou 48 heures par semaine, sauf dérogation).

Pourquoi cumuler deux activités ?

Plusieurs choses peuvent amener un salarié à s’orienter vers la création d’entreprise. Chez certains, peut par exemple naître un ardent désir d’entreprendre, doublé d’une envie irrépressible de quitter un poste qui ne leur convient plus. Cumuler les deux activités leur permet alors de tester un projet en limitant les risques, dans l’optique d’y consacrer l’intégralité de leur temps par la suite.

D’autres salariés font le choix de partager leur temps entre deux activités, en profitant de leur poste à temps partiel pour se consacrer à leur passion, sans forcément ambitionner d’en vivre totalement. Là encore, le cumul leur permet de donner corps à leur projet.

Enfin, d’un point de vue plus terre à terre, mener une activité indépendante en parallèle d’un poste de salarié peut aussi être une façon de compenser un salaire insuffisant. C’est notamment le cas de beaucoup de personnes qui exercent une activité secondaire en tant qu’auto-entrepreneur.

Les avantages de la double activité

Avoir une situation stable et toucher un salaire régulier est une garantie de taille en cas de demande de prêt ou de recherche de locaux commerciaux. En effet, rares sont les organismes financiers et les agences immobilières qui font le choix de s’engager sur la seule bonne volonté des porteurs de projets.

Cette stabilité représente également un avantage considérable en matière de recherche de missions et de négociation. Ayant la possibilité de se reposer sur un salaire garanti à chaque fin du mois, le salarié-entrepreneur peut en effet se permettre de choisir ses missions sereinement et de refuser les offres qui ne lui plaisent pas, sans regret.

Enfin, mentionnons également la dimension pratique et pédagogique que représente une double activité. Par exemple, devenir indépendant permet de développer un certain nombre de compétences, notamment l’autonomie et les qualités commerciales, qui peuvent s’avérer très utiles dans le cadre d’un travail de salarié. Évidemment, l’inverse est également vrai.

Quel statut juridique choisir  ?

Comme nous l’avons vu, il est tout à fait envisageable d’exercer deux activités en parallèle, à condition de respecter plusieurs règles énoncées précédemment. Reste à déterminer quel statut indépendant est le mieux adapté à vos besoins. Nous vous présentons deux statuts très différents, qui ne répondent pas aux mêmes exigences : le régime micro-entrepreneur et le portage salarial.

Le régime micro-entrepreneur

Parmi les différentes options qui s’offrent au porteur de projet à la recherche d’un statut juridique pour son activité indépendante, la micro-entreprise (anciennement régime auto-entrepreneur) est la solution qui vient le plus naturellement à l’esprit.

Né il y a une dizaine d’années, ce statut a déjà permis à des milliers de professionnels de donner naissance à leur projet. Malgré sa grande popularité, le régime micro-entrepreneur n’est pas exempt de défaut. Outre un principe de plafonnement du chiffre d’affaires qui limite le développement de son business, l’entrepreneur bénéficie d’une protection sociale assez minime qui s’explique par des taux de cotisation peu élevés.

Par conséquent, la micro-entreprise est pour beaucoup considérée comme une solution transitoire, permettant au travailleur indépendant de prendre ses marques dans l’entrepreneuriat et commencer à générer du chiffre d’affaires en attendant de « trouver mieux ».

Le portage salarial

Autre statut, autre approche : le portage salarial permet au professionnel de sécuriser son activité indépendante en la faisant héberger auprès d’une société spécialisée dans le portage salarial. La grande force de cette solution réside dans le fait que le freelance conserve ici son autonomie, tout en bénéficiant d’un accompagnement plus ou moins prononcé, selon la structure avec laquelle il a choisi de collaborer.

Concrètement, en portage salarial, le porteur de projet conserve son statut de salarié, et donc les avantages qui y sont associés : couverture sociale, congés payés, assurance chômage… Il profite en plus de la gestion de ses tâches administratives et de multiples services propices au développement de son business, tels que des parcours de formation professionnels, des offres de mission, une mise en réseau…

Là où le portage salarial se démarque du salariat classique, c’est que ces différents avantages ne remettent pas en cause l’autonomie du professionnel. Ainsi, celui-ci est totalement responsable de sa prospection commerciale, de la construction de son offre de services ou encore de l’évaluation de ses tarifs.

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Quelles conséquences sur le plan fiscal et social ?

Sur le plan fiscal, les revenus générés par les deux activités doivent être déclarés de manière séparée. Si la rémunération issue d’une activité en portage salarial va se retrouver dans la section traitements et salaires, les revenus issus d’une activité en micro-entreprise, entreprise individuelle, SASU ou EURL devront être déclarés en BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux), en BNC (Bénéfices Non Commerciaux) ou en revenus de capitaux mobiliers (pour les entreprises à l’IS).

En ce qui concerne la couverture sociale, il existe deux cas de figure :

  • Soit le professionnel cotise à la fois au régime des travailleurs indépendants et au régime général de la sécurité sociale. Auquel cas, il relève par défaut du régime auquel il était affilié avant le début de sa double activité. Il a toutefois la possibilité de choisir l’autre régime, s’il le souhaite.
  • Soit le professionnel cotise uniquement au régime général de la sécurité sociale (par exemple, s’il exerce en portage salarial). Dans ce cas, il bénéficie de la même protection sociale que les salariés.

Enfin, en matière de retraite (de base et complémentaire), il cotise auprès des différentes caisses auxquelles il est affilié dans le cadre de ses deux activités.

6 conseils pour bien gérer votre double activité

1⃣ Ne négligez pas le choix de votre statut juridique

Il peut être assez tentant de se précipiter sur le premier statut juridique venu pour gagner du temps ou se dérober à une laborieuse comparaison. Prenez toutefois conscience qu’un mauvais choix peut considérablement compliquer le déroulement de votre projet. Prenez le temps qu’il faut pour choisir le statut qui correspond le mieux à vos besoins.

2⃣ Prévoyez du temps pour votre prospection

Parfois négligée, la prospection commerciale occupe pourtant une place centrale dans la vie du travailleur indépendant, car c’est tout simplement elle qui fournit le carburant nécessaire à sa survie. Dans le cadre d’une double activité, vous pouvez vous permettre de vous reposer sur un seul canal de prospection (réseaux sociaux, e-mailing, mailing papier, téléphone). Privilégiez celui avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

3⃣ Prévenez votre employeur

Bien qu’il ne soit pas toujours légalement obligatoire de prévenir votre employeur de votre intention de créer votre activité (sauf si votre activité est de nature à lui faire concurrence), il est vivement conseillé de le faire, notamment si vous souhaitez conserver une bonne relation avec celui-ci.

4⃣ Faites-vous accompagner

Beaucoup de projets d’entreprises prennent l’eau à cause d’un manque de préparation ou d’une méconnaissance du cadre juridique. Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté, n’hésitez pas à vous faire accompagner, par exemple par votre CCI, ou à demander des conseils auprès d’autres entrepreneurs.

5⃣ Aménagez-vous des pauses

Particulièrement exaltant, le lancement d’une activité indépendante peut rapidement vous mener à réaliser quelques excès, surtout si vous occupez déjà un poste de salarié. Pour éviter le burn-out ou les tensions familiales, il est essentiel de conserver des moments pour vous détendre et profiter de vos proches.

6⃣ Informez vos clients

Par définition, le fait de mener deux activités de front ne vous permet pas de faire preuve du même niveau de réactivité que si vous étiez à 100% focalisé sur votre projet. Inutile donc de cacher ce contexte de travail à vos clients. Ceux-ci pourraient considérer à tort vos délais de réponse un peu trop longs comme un manque d’engagement à l’égard de votre mission.

Article rédigé le 26 Sep 2018

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