Par Florian Charpentier - Me changer les idées

L’ubérisation, véritable phénomène qui doit son nom à une célèbre start-up, s’immisce dans tous les secteurs d’activités et bouscule les acteurs économiques « traditionnels ». Près de trois ans après l’apparition de l’expression, Portail Auto-Entrepreneur fait le point sur les caractéristiques principales de ce nouveau modèle.

Ubérisation du travail : de quoi s’agit-il exactement ?

Startups, disruption et plateformes numériques

L’ubérisation est un nouveau modèle économique qui a vu le jour grâce à des startups, dont l’objectif commun était de créer une disruption (rupture) par rapport aux services déjà proposés par les acteurs économiques traditionnels.

Surfant sur la vague de l’économie collaborative et profitant de l’essor considérable des nouvelles technologies (big data, intelligence artificielle, objets connectés…), ces nouveaux acteurs proposent des plateformes de mise en relation des particuliers entre eux ou avec des professionnels. D’un point de vue économique, ils permettent de rapprocher l’offre et la demande, en supprimant au maximum les intermédiaires.

Selon l’Observatoire de l’Ubérisation, l’apparition de ce modèle a été permis par trois tendances arrivées à maturité :

  • Le numérique à la portée de tous : les entreprises maîtrisent l’innovation numérique et l’accès au Web s’est largement généralisé pour le grand public (notamment via les applications).
  • La recherche d’une meilleure expérience : le consommateur, plus exigeant et réactif, recherche un service rapide, économique et ergonomique.
  • L’envie d’indépendance : les travailleurs sont en recherche d’autonomie, de liberté de travailler de pouvoir s’offrir des services.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le terme « ubérisation » est un néologisme (il fait référence à la célèbre startup Uber), introduit pour la première fois en France par Maurice Lévy (ex-patron de Publicis) lors d’une interview qu’il donna au Financial Times en Décembre 2014.

Un bouleversement des acteurs économiques traditionnels

Il y trois ans, Maurice Lévy s’inquiétait pour ses clients : « Tout le monde commence à craindre de se faire ubériser ». Ces acteurs craignaient de voir leur activité historique disparaître, au profit de l’arrivée de ces startups dynamiques et très à l’aise avec le numérique.

L’ubérisation des secteurs a commencé par les transports (Blablacar et Uber concurrencent très fortement les trains et les taxis), le tourisme (Airbnb a révolutionné la location de biens touristiques) ou encore les banques (les plateformes de crowdfunding permettent aux particuliers de se financer entre eux).

Aujourd’hui, ce phénomène, qui se développe à grande vitesse, s’est introduit dans tous les secteurs économiques (l’éducation, la restauration, les services juridiques, la santé…) et tous les niveaux sont impactés (juridique, technique, économique mais aussi organisationnel).

Pour survivre, les entreprises doivent s’adapter et innover. Mais comment ?

  • En lançant leurs propres plateformes de partage : Mr. Bricolage a lancé son site de location entre particuliers (La Dépanne).
  • En mettant à profit leurs espaces physiques : Ikea propose un coin « Bonne trouvaille » où le consommateur peut trouver des meubles de seconde main.
  • En nouant des relations avec des startups : Leroy Merlin a créé un partenariat avec la startup Tecshop, afin que les particuliers aient accès à des machines industrielles.

Ubérisation de l’économie : un phénomène qui dérange…

Une concurrence jugée déloyale

Secoués par l’arrivée massive de ces entreprises, certains acteurs économiques qui ont vu leur monopole se renverser, accusent ces startups de ne pas « jouer à armes égales ». En effet, ces dernières se développent grâce à des fonds de capital-risque, leur permettant de tenir plus longtemps sur le marché sans faire de bénéfices. Ayant peu de charges et abaissant les coûts au maximum pour gagner des parts de marché, elles se développent très rapidement.

L’ubérisation de notre société cristalliserait toutes les tensions ? En réalité, ces dernières apparaissent surtout lorsque ces entreprises ubérisent des secteurs très institutionnalisés, qui disposent de peu de marge de manœuvre pour faire face à ces bouleversements (c’est le cas par exemple des taxis).

 

Concurrence taxi uber

 

Indépendants = précarité ?

L’ubérisation de l’économie et des professions est souvent associée à la précarisation des travailleurs. Cette accusation porte sur le fait que certaines de ces entreprises ubérisées travaillent essentiellement avec des prestataires de services (auto-entrepreneurs).

Et cela pose problème à plusieurs niveaux :

  • Certains de ces auto-entrepreneurs sont impactés directement par les économies d’échelle que recherchent ce type de structure. C’est le cas des chauffeurs Uber qui ont vu le prix de la course diminué au profit d’une hausse des marges de la startup.
  • D’autres dénoncent les conditions dictées par les plateformes et la forme de dépendance économique qui en découle. Deliveroo et Foodora (livraison de plat à domicile) sont régulièrement attaquées en justice par d’anciens coursiers les accusant de salariat déguisé et souhaitant une requalification de leur contrat.

Une absence de régulations

En réalité, si l’ubérisation des activités est tant décriée, c’est parce que les pouvoirs politiques semblent impuissants face à l’ampleur du phénomène.

De ce fait, ces nouveaux mastodontes inondent le marché et créent des quasi-monopoles dans leurs secteurs, sans contrôle ou presque. Ils bénéficient d’un flou juridique et d’une absence de régulation leur permettant une optimisation fiscale qui « a du mal à passer » auprès des acteurs historiques et du grand public.

…mais qui offre de nouvelles opportunités !

Innovation et création de revenus

Ces plateformes tentent de casser les monopoles déjà établis et déclenchent une concurrence qui pousse à l’innovation des entreprises installées sur le même secteur. Ainsi, de nouveaux services émergent sur le marché, à des prix beaucoup plus attractifs.

L’ubérisation permet également à des milliers d’individus de tirer un revenu de ce phénomène. Ainsi, c’est une nouvelle façon pour les particuliers d’accéder à des sources de compléments de revenus, de manière ultra-simplifiée. En 3 clics, vous pouvez louer votre appartement sur Airbnb.

Elles permettent également l’accès à une activité à des personnes en grande difficulté (non diplômées, issues de zones sensibles…), par le biais du statut d’auto-entrepreneur. Elles offrent aussi dans certain cas, la possibilité de revenus complémentaires à des salariés, des étudiants, mais aussi des retraités.

Le consommateur : le grand gagnant

Grâce à l’apparition de ces nouvelles entreprises et au développement des nouvelles technologies, le client est remis au centre des préoccupations. On cherche à lui simplifier au maximum sa recherche et sa transaction, tout en lui proposant de vivre une expérience positive. Ces startups écoutent, apprennent des retours de ces consommateurs exigeants et réagissent rapidement.

Le consommateur accède à une grande variété de services de manière quasi-instantanée, à un prix largement inférieur à ce qui était pratiqué par les acteurs traditionnels. La rapidité des prestations et la facilité d’utilisation de ces interfaces ne présentent que des avantages pour des utilisateurs toujours plus pressés.

Certains de ces nouveaux acteurs permettent également le développement des liens sociaux en privilégiant les circuits courts, grâce à l’élimination des intermédiaires. Airbnb propose ses « Expériences », activités créées et animées par des locaux.

Il semblerait donc que vouloir rejeter en bloc l’ubérisation est non seulement illusoire mais surtout contre-productif. La clé est dans la régularisation de ce nouveau modèle par les pouvoirs en place, afin que ce phénomène économique et sociétal permette un jeu « gagnant-gagnant », entre les entreprises et les auto-entrepreneurs. L’ubérisation deviendrait donc réfléchie et décidée, et non plus subie.

Article rédigé le 04 déc 2017

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