Par Patrick Barrabé - Devenir consultant indépendant

Vous venez de signer un gros contrat, mais vous pensez que vous ne le méritez pas et que votre client va rapidement se rendre compte de votre incompétence ? On vous donne le lead sur un projet, mais vous paniquez la veille de la réunion de cadrage ?

Vous souffrez sûrement du syndrome de l’imposteur, un mal répandu chez les consultants indépendants. Découvrez de quoi il retourne et comment le dépasser pour vous sentir mieux.

Syndrome de l’imposteur : définition

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur doutent en permanence de leurs capacités, de leur mérite, de leur position au travail. Elles minimisent leurs réalisations, pensent que leur succès est dû à la chance et se dévaluent sans cesse. Elles vivent dans la crainte que leur entourage finisse par s’apercevoir de leur “imposture” et les démasque, malgré leur réussite. Tous les travailleurs peuvent souffrir de ce syndrome : femmes, hommes, profils juniors, profils seniors. Selon le Journal of Behavioral Science, 70% des personnes dans le monde souffrent du syndrome de l’imposteur à un moment de leur vie. 

Le syndrome de l’imposteur en psychologie

C’est en 1978 que le syndrome de l’imposteur a été identifié par les psychologues Suzanne Ament Imes et Pauline Rose Clance. Selon leurs recherches, ce syndrome se traduit en 3 points principaux : 

  • Le sujet a le sentiment de tromper son entourage sur ses capacités et ses compétences : il se considère comme un imposteur.
  • Le sujet ressent alors de l’anxiété à l’idée d’être un jour démasqué.
  • Le sujet souffre d’un “biais cognitif” qui le mène à attribuer systématiquement ses réussites à des causes externes : la chance, le mauvais jugement des autres, la sympathie, la pitié, etc. 

Plus son entourage le trouve compétent (souvent à raison), plus le sentiment d’imposture du sujet se renforce : c’est un cercle vicieux.

Les causes du syndrome de l’imposteur

D’où vient votre syndrome de l’imposteur ? Les causes peuvent être multiples mais bien souvent, le problème remonte à votre enfance et votre environnement familial et scolaire. Quelques pistes à explorer pour mieux comprendre votre syndrome :

→ Une différence de perception entre le milieu familial et le milieu scolaire : par exemple, si vos parents vous pensaient très doués mais pas votre professeur, ou l’inverse ; ou encore une différence de traitement entre vos deux parents. L’enfant a tendance à intégrer l’opinion négative de lui, et considérer que l’opinion positive n’est émise que pour lui faire plaisir. 

→ Une surestimation de votre intelligence par le milieu familial : par exemple, si vos parents passent leur temps à vous complimenter et se vantent auprès de leurs amis de votre intelligence “innée”. L’enfant assimile l’idée qu’il doit être brillant à tout prix, naturellement, et craindra de décevoir sa famille s’il échoue.

→ Une sous-estimation de votre intelligence dans le milieu familial : par exemple, si vos parents ne vous encouragent et ne vous félicitent jamais malgré vos réussites, ou vous dévalorisent. L’enfant aura alors du mal à attribuer ses succès à ses qualités.  

→ Une différence de traitement de genre : par exemple, si vos parents ont accordé plus d’importance à l’éducation et à la réussite de votre frère et que vous êtes une femme, ou l’inverse, vous pourriez douter de vos capacités professionnelles.. 

→ Un changement de milieu social : par exemple, si vous êtes issu d’un milieu défavorisé et que vos parents sont socialement désavantagés, et que vous obtenez une meilleure situation qu’eux, cela crée un décalage avec vos origines qui peut aboutir à un syndrome de l’imposteur. 

Le profil-type de la victime du syndrome de l’imposteur

Les personnes qui souffrent du syndrome de l’imposteur ont souvent un profil-type et des “symptômes” communs. Si vous vous reconnaissez dans ces affirmations, il est fort possible que vous vous sentiez « imposteur » ! 

→ Vous expliquez votre succès par des facteurs externes comme la chance, la sympathie ou un malentendu

→ Au contraire, vous expliquez vos échecs par des facteurs internes : c’est uniquement de votre faute

→ Vous êtes constamment anxieux à l’idée que votre “incompétence” soit révélée

→ Vous avez toujours peur de ne pas être à la hauteur, même quand c’est une tâche que vous avez déjà réussi par le passé

→ Vous manquez cruellement de confiance en vous et d’estime 

→ Vous êtes perfectionniste et êtes toujours insatisfait de votre travail 

→ Vous vous critiquez durement, même lors de vos succès

→ Vous vous comparez sans cesse à votre entourage

→ Vous avez du mal à accepter les compliments des autres et ne les croyez pas 

→ Vous sous-estimez vos compétences et surestimez celles de votre entourage professionnel

→ Vous avez peur que votre travail soit évalué par vos pairs ou vos clients et que cela prouve votre imposture

L’impact du syndrome au quotidien et dans votre travail

Le syndrome de l’imposteur peut avoir de lourdes conséquences sur votre quotidien et dans votre travail, encore plus si vous ne vous rendez pas compte que vous en souffrez. 

En pensant que vous êtes un imposteur, vous allez développer un stress important de crainte d’être démasqué par vos pairs. Cette anxiété peut prendre beaucoup de place dans votre quotidien et vous mener à un mal-être voire à un burn-out professionnel, en vous épuisant au travail pour compenser votre “incompétence”.

Vous ne pouvez pas rester dans cette situation. Vous devez lutter contre ce syndrome pour récupérer une bonne qualité de vie professionnelle.

Comment lutter contre le syndrome de l’imposteur ?

Outre un accompagnement psychologique, vous pouvez réaliser quelques exercices pour lutter contre votre syndrome de l’imposteur. 

Pauline Rose Clance, la psychologue qui a mis des mots sur ce syndrome, recommande de vous entraîner à reconnaître vos succès et à les attribuer à vos compétences et à votre potentiel. Pensez à votre dernière réussite : êtes-vous sûr à 100% que vos capacités ne vous ont pas aidé à réussir ? Définissez lesquelles. A force d’exercice, vous commencerez à penser que vos succès proviennent aussi de facteurs internes. 

Lorsque vous avez un peu de temps devant vous, répondez à ces différentes questions de manière objective : 

→ Qu’est-ce qui me rend unique ? 

→ Quels sont mes principaux talents ? 

→ Mon travail est-il en lien avec mes talents ? 

→ Mon travail est-il en cohérence avec mes valeurs ? 

→ Quelles sont mes dernières réussites ? 

Ce n’est pas un exercice facile, c’est pourquoi vous pouvez le réaliser avec vos proches ou poser ces questions à votre entourage professionnel, qui vous donnera vos qualités et vos défauts. Vous vous rendrez compte que vous avez des qualités, contrairement à vos croyances ! 

Finissons sur cette citation de Steve Jobs : “Demandez à des personnes aux parcours différents ce qu’elles pensent de vous. Chacune d’elle vous dira une chose qui vous sera bénéfique.”

Livres sur le syndrome de l’imposteur

Le Complexe d’imposture, de Pauline Rose Clance : le livre de référence sur le syndrome de l’imposteur, publié en 1986.

Traiter la dépréciation de soi : le syndrome de l’imposteur, de Kévin Chassangre et Stacey Callahan : un livre rempli d’exercices pour trouver les causes de votre syndrome et lutter contre.

Croyez en vous ! Libérez-vous du syndrome de l’imposteur, du Dr Jessamy Hibberd : un livre qui se base sur des cas cliniques afin de vous donner les clés pour bâtir une meilleure estime de vous-même et vous libérer de ce syndrome. 

Article rédigé le 02 Juil 2020

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