Par Johan Sellitto - Devenir consultant indépendant

De plus en plus de professionnels appartenant à la catégorie des cadres passent par la case « entrepreneuriat » au cours de leur carrière, notamment dans le secteur tertiaire où l’emploi non salarial connaît une croissance plus rapide que l’emploi dans son ensemble depuis 10 ans. Mais qu’est-ce qui pousse tant de professionnels à quitter leur poste confortable en CDI pour goûter à l’indépendance ? Faut-il mettre cela sur le compte d’un irrésistible besoin d’émancipation ? Il semblerait que la réalité soit un peu plus complexe que cela !

Les facteurs favorisant le passage à l’acte

Quel salarié n’a-t-il pas un jour rêvé de claquer la porte de son entreprise pour ne plus avoir à subir les sautes d’humeur de sa hiérarchie, pour sortir d’une routine démoralisante ou tout simplement pour se sentir enfin libre de réaliser un projet qu’il lui tenait à coeur ? Même s’ils profitent de conditions de travail assez avantageuses qui leur assurent un certain degré d’autonomie et d’autres avantages, les cadres ne font évidemment pas exception à cette règle.

Selon une récente étude publiée en décembre 2017 par l’APEC, portant sur les motivations des cadres à se mettre à leur compte, les cadres interrogés témoignent tous d’un vrai besoin d’indépendance, ne serait-ce que pour être en capacité de mieux concilier leur activité professionnelle avec leur vie privée.  Devenir indépendant, c’est en effet gagner en flexibilité, bien que l’accroissement de la charge de travail inhérente à tout changement d’activité oblige souvent le néo-entrepreneur à faire des concessions et à réfléchir à la mise en place d’une organisation millimétrée.

Globalement insatisfaits de leur situation professionnelle, les aspirants entrepreneurs se décident à franchir le pas dès lors qu’ils estiment que les compétences qu’ils ont développées leur permettent d’embrayer vers une carrière en solitaire. Un savoir-faire parvenu à maturation qui peut alors être mis au service d’une clientèle triée sur le volet !

Enfin, la plupart des cadres qui ont fait part de leur expérience admettent que si leur situation familiale ne leur avait pas apporté une certaine sécurité, ils ne se seraient sans doute pas lancés dans cette aventure. Entreprendre, d’accord, mais pas à n’importe quel prix !

Un changement de carrière parfois contraint

Tous les cadres ne vivent pas leur passage vers l’entrepreneuriat comme un choix pleinement motivé. Pour un tiers d’entre eux, l’indépendance s’apparente en effet bien plus à une solution par défaut qu’à un véritable objectif de vie. Faute de trouver un poste de salarié correspondant à leurs attentes, ces derniers se tournent bon gré mal gré vers un mode de travail pour lequel ils ne sont pas toujours préparés.

Un phénomène de grande ampleur qui touche en particulier les jeunes actifs. Certains d’entre eux, notamment les moins diplômés (mais pas uniquement!), choisissent d’opter pour des statuts considérés comme précaires, à l’image de l’auto-entrepreneuriat, afin de s’inscrire dans la logique d’adaptabilité dictée par un marché de l’emploi en perpétuelle quête de flexibilité.

Devenir-consultant-salarié

Même si beaucoup d’auto-entrepreneurs ne sont clairement pas animés par des aspirations entrepreneuriales (selon l’INSEE, trois auto-entrepreneurs sur quatre n’auraient d’ailleurs pas créé d’entreprise sans l’existence de ce régime), cette solution conserve malgré tout une certaine « aura » chez les professionnels qui souhaitent ne pas trop s’encombrer avec des démarches complexes. D’autant qu’il s’agit pour eux de mener une activité sur laquelle ils ont pour la plupart des difficultés à se projeter sur le moyen ou long terme.

Reste que cette forme d’indépendance s’accompagne d’une protection sociale relativement faible et d’une image pas toujours des plus positives, de nature à fragiliser la position de travailleurs déjà malmenés par le phénomène de « l’ubérisation« .

Le portage salarial : désir d’émancipation ou réelle volonté d’entreprendre ?

Au-delà de la micro-entreprise, l’étude de l’APEC s’attarde également sur deux récentes formes de travail alternatives qui se distinguent des autres statuts par le niveau de sécurité et l’accompagnement qu’ils accordent aux professionnels : le portage salarial et la CAE (coopérative d’activités et d’emploi).

On apprend notamment que si les salariés des CAE, qui sont organisés sous la forme de Scop, possèdent une sensibilité entrepreneuriale évidente, qui s’explique en partie par le principe même du dispositif, ce n’est pas forcément le cas des salariés portés.

Qu’il soit le fruit d’une réelle aspiration ou une solution de refuge, tout particulièrement chez les cadres en milieu et fin de carrière, le portage salarial est en effet assez rarement envisagé comme la première étape d’un projet de développement d’entreprise.

Par ailleurs, ce statut, pourtant inscrit dans le Code du travail depuis 2008 et bénéficiant dorénavant de sa propre convention collective, reste encore relativement méconnu par certains cadres. Sur la trentaine de personnes interrogées, à laquelle viennent s’ajouter les résultats d’une enquête en ligne précédente menée auprès de 18 000 personnes, la moitié des cadres en poste ne connaissent pas le portage salarial, contre 71 % des cadres sans emploi. Une différence assez peu surprenante dans la mesure où les professionnels au chômage souhaitant capitaliser sur leurs compétences et leur expérience vont naturellement avoir tendance à se pencher sur les solutions qui leur offrent le plus d’avantages, au regard de leur situation.

Article rédigé le 18 jan 2018

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