Par Clémentine Garnier - Me changer les idées

Elles ont mis leur carrière entre parenthèses, voire carrément sous le tapis, pour s’occuper des enfants et/ou soutenir celle de leur mari. Et puis, à l’approche de la cinquantaine, elles décident de laisser le petit dernier prendre le bus pour aller au tennis et reprennent le chemin du boulot. À l’heure où le jeunisme est roi, qu’est-ce que ces femmes qui ont connu le Minitel et la VHS ont à apporter à l’entreprise ? Rencontres avec des « blandes » qui ont beaucoup à nous apprendre, avec Nextdoor.

Ceux et celles qui connaissent Sophie Fontanel, 54 ans, écrivaine, journaliste mode et influenceuse sur Instagram, auront souri en lisant le titre. Les autres se seront dit que les correcteurs orthographiques continuent à faire des ravages. Explications pour les deuxièmes : Sophie Fontanel, dans son dernier livre Une Apparition (éditions Robert Laffont, 2017), explique comment elle a décidé de ne plus céder au diktat qui veut que les femmes cachent leurs cheveux blancs pour continuer de plaire. Son roman raconte comment, centimètre après centimètre, la repousse assumée de sa chevelure blanche a libéré sa féminité des carcans qui l’emprisonnaient. Et quand on voit la joyeuse fantaisie de ses posts, on se dit qu’effectivement, être une « blande », ça a du bon !

Ces seniors qui boostent l’entreprenariat

Séduction mise à part, côté business, les « blandes » font aussi un retour remarqué le devant de la scène. Barclays Business et l’Office Britannique des statistiques ont réalisé en 2017 une étude1 qui a montré qu’en 10 ans, le nombre d’entreprises créé par les plus de 55 ans avait fortement progressé, et surtout que la part de création d’entreprises conduites par des femmes avait augmenté de… 67% pour les plus de 55 ans, et 132% pour les plus de 65 ans !

Chez les Frenchies, on constate la même tendance, mais un peu plus tôt, avec 2.8% des créations d’entreprises2 menées par des femmes de plus de 50 ans, sur les 32% de créations d’entreprises3 réalisées par les femmes dans l’Hexagone.

femme travail business

La fin des Mamies Nova

Pas de doute, l’époque des femmes au foyer qui faisaient des confitures ou des boutures pour s’occuper en attendant la retraite de leur mari a vécu ! Allongement de la durée de vie, augmentation du nombre de femmes diplômées, explosion du nombre de divorces qui fragilise la situation des femmes au moment de la retraite : autant de bonnes raisons de s’interroger sur ses envies professionnelles et le moyen d’employer ses talents… en dehors de la maison.

Le déclic se produit souvent lorsque les enfants prennent leur indépendance. Diane de Robiano, 60 ans, mère de quatre enfants et fondatrice en 2016 de Diane Poppins, une agence d’événementiel, explique : « Lorsque la grande a quitté la maison et que ma petite dernière est entrée au collège, je me suis dit qu’il était temps de penser de nouveau à moi. J’ai repris quelques missions en tant que salariée avant de me décider à monter ma structure. »

Du droit à être (enfin) ambitieuses

Les femmes de plus de 45 ans appartiennent à une génération qui était encore tiraillée entre le désir de mener une carrière, et l’obligation sociale de se consacrer à leurs enfants. L’exemple de leurs cadettes trentenaires, qui travaillent désormais autant que les hommes et qui assument de repousser leur première grossesse pour ne pas nuire à leur carrière, leur permet aujourd’hui d’assumer sans complexe leur envie de s’épanouir autrement que dans la maternité, avec d’autant plus de facilité que les enfants sont désormais assez grands et n’ont plus (autant) besoin d’elles. « En revanche, ils font la tête quand ils comprennent qu’on ne va plus pouvoir les dépanner les jours où la nounou les plante », s’amuse Diane, déjà grand-mère sept fois !

Dur, dur de se remettre au boulot ?

Laetitia Cognie, 45 ans, fondatrice de Plume, etc. a fait une pause de neuf ans pour se consacrer à ses deux enfants. « Quand j’ai décidé de redémarrer, j’ai fait une formation pour me remettre le pied à l’étrier, et surtout reprendre confiance en moi. » Avec l’évolution très rapide des postes, technologies et outils professionnels, le retour à l’emploi n’est en effet pas toujours simple pour ces femmes qui ont perdu contact avec le monde du travail. Un bilan de compétences peut s’avérer utile pour faire le point sur leurs forces, et éventuellement réactualiser certaines compétences. « Mon bilan de compétences m’a permis de réaliser que gérer une famille de quatre enfants pendant 10 ans, avec les anniversaires, réunions de famille et mariages, cela donne une sacrée expertise en gestion de projet événementiel. Je me suis dit : Allez, tu n’as rien à perdre ! » déclare Diane dans un sourire.

Beaucoup en profitent pour se reconvertir, en se tournant vers un domaine qui les a toujours attirées sans qu’elles osent sauter le pas. « Si j’avais très envie de retravailler, je ne me voyais pas du tout reprendre là où j’en étais dans mon ancien métier », raconte Laetitia. Céline Puff Ardichvili, cofondatrice de l’agence de relations presse Look Sharp, confirme : « J’ai suivi une formation pendant 18 mois, et j’avais envie mettre en application tout ce que j’avais emmagasiné comme nouvelles expériences, et de répondre à l’appel du large. »

Entrepreneuriat, un choix par défaut ?

Si les femmes de plus de 45 ans sont si nombreuses à choisir de se relancer en créant leur entreprise, c’est aussi parce qu’elles subissent de plein fouet les inégalités de sexe et d’âge lorsqu’elles se confrontent de nouveau au marché du travail. « J’ai travaillé dans une agence de com’ où tout le monde avait 15 ans de moins que moi, explique Diane. J’ai décidé de partir après que mon patron a choisi pour gérer un dossier important une collaboratrice moins experte que moi, parce que sa jeunesse rassurait le client sur son dynamisme… Créer ma structure m’a permis de m’affranchir de ces a priori, seul le résultat compte dans ma relation avec mes clients !» Un constat partagé par Céline, qui souligne l’importance des qualités humaines et de l’expérience dans sa relation client : « Dans notre métier, ce qui compte, c’est d’être curieux, inspirer la confiance, avoir de l’expérience et du savoir-être, autant de soft skills qui se bonifient avec l’âge. » 

Laetitia souligne un autre aspect important dans son choix de l’entreprenariat plutôt que du salariat : « Je ne me voyais plus, à mon âge, devoir justifier de mon emploi du temps et rendre des comptes. Je voulais pouvoir m’organiser à ma guise, consacrer du temps à mes enfants ou bosser beaucoup en fonction des périodesÊtre adulte dans mon rapport au travail, finalement ! » Et non plus infantilisée par un salariat qui ne tient pas compte de l’expérience et de la maturité de ces femmes qui ont beaucoup à donner.

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Pourquoi les entreprises feraient bien d’accueillir les « blandes » à bras ouverts

Ultra motivées, libérées des contraintes familiales, riche d’une longue expérience, ces femmes qui font leur come-back se donnent à fond à leur mission et sont plus disponibles que leurs cadettes qui jonglent pour concilier carrière et famille.

Elles sont aussi plus sûres d’elles, et n’ont pas peur de faire preuve d’autorité lorsque la situation l’exige. « Je pense que j’ai plus de sagesse, je gère mieux la pression et les priorités, confirme Laetitia, j’ai pris de la hauteur sur ma vie professionnelle. » Le fait d’être libérée de la pression d’un plan de carrière, de n’avoir plus à faire ses preuves favorise leur créativité, elles inventent leur propre manière de faire les choses, en suivant leur instinct. « Je panique toujours, mais je le cache beaucoup mieux, s’amuse Céline. À chaque difficulté, je me rassure en me disant que j’ai déjà vécu des situations bien pires et que j’ai su gérer. Et puis on apprend plus vite, car on apprend à tout âge, heureusement ! »
Un autre point clé dans leur rapport au travail et leur motivation : le plaisir ! « J’ai choisi un secteur qui m’avait toujours attirée mais dans lequel je n’osais pas me projeter, aujourd’hui je m’éclate, explique Diane. Je n’ai pas l’impression de travailler, je m’amuse ! Et je n’ai pas l’intention de m’arrêter de sitôt. »
Finalement, ces femmes semblent avoir trouvé la recette pour avoir le beurre et l’argent du beurre : profiter de leurs enfants à l’âge où ils grandissent à toute vitesse, et reprendre le fil de leur carrière délivrées de la pression, et uniquement animées par la passion.

Ça donne envie de souffler bien vite nos cinquante bougies, vous ne trouvez pas ?

Merci aux « blandes » Laetitia Cognie (@Plumeetc), Diane de Robiano et Céline Puff Ardichvili (@CelinePuffArdi @LookSharpParis).

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BON À SAVOIR :

  • Vous avez envie de vous y remettre, mais vous ne savez pas par où commencer ? L’association Force Femmes, créée en 2005, accompagne les femmes de plus de 45 ans dans le retour à l’emploi ou la création d’entreprise, afin de les accompagner face aux éventuelles difficultés et inégalités qu’elles rencontrent.
  • Tournez-vous vers les sites d’emplois spécialisés dans les offres de job pour les seniors, comme fr et seniors.enligne-fr.com.
  • Vous souhaitez envisager une reconversion ? Les demandeurs d’emploi peuvent bénéficier d’un bilan de compétences et/ou d’une formation financés par le CPF (Compte personnel de formation). La réforme du 28 mars 2017 prévoit que ce CPF soit abondé des heures complémentaires nécessaires au projet de formation identifié pour les seniors inscrits à Pôle Emploi et âgés de 50 à 54 ans à la fin de leur contrat de travail.
  • L’entrepreneuriat vous tente, mais quelques craintes vous submergent ? Avez-vous pensé au portage salarial ? Ce statut est idéal pour lancer une activité de consulting ou tester un projet d’entreprise. En plus de vous offrir une protection sociale complète, le portage salarial vous encadre et vous accompagne dans votre activité. C’est également un puissant réseau de consultants, répartis en pôles d’expertise, qui vous permet de échanger et collaborer. Pour en savoir plus, inscrivez-vous à une réunion d’information près de chez vous !

1 – Source magazine City A.M, étude Barclays Business publiée en juillet 2017 au Royaume-Uni.

2 – Source Insee, 2014

3 – Source Chefdentreprise.com et Agence pour la Création d’Entreprise (APCE), 2014

Article rédigé le 16 Avr 2018

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